Du nanotexte

Préface de
"Tu ne voleras point"
par Frédéric Vallotton

 

 


Le nanotexte est un genre nouveau, une note de plus dans la gamme littéraire. Il serait même possible de filer bien des métaphores sur le sujet, de se pencher sur des considérations linguistiques qui nous apprendraient que « nano » vient du grec, qu’il veut dire petit, qu’adjoint au mot « texte », il tend à contredire l’imaginaire technologique qu’on lui adjoint rapport à « nanotechnologie ». Bref, le nanotexte aurait très bien pu s’appeler minitexte, microtexte, courte-nouvelle et bien d’autres choses. Mais il s’agit d’une étiquette qui, dès son énoncé, met en balance le scientisme qui a cours dans l’analyse littéraire et la recherche effrénée de nouveauté dans un genre – la littérature – qui les contient tous, qui embrasse tout, recouvre tout et ce depuis la nuit des temps… Depuis même avant l’homme si l’on se fie à la traduction la plus courante de l’évangile de Saint Jean qui débute par : « Au commencement était le verbe. »

Patrick Moser a su capter, dans le filet serré d’une langue à la fois simple et très travaillée, des instants « mine de rien », des couacs exemplaires, des situations dignes de contes à la Maupassant. L’auteur a du métier, du reste : il persiste et signe son troisième recueil de «nanotextes ». Le genre a ses codes désormais et se signale par son humour pince-sans-rire et le jeu de rebondissements tant des situations que des phrases. Du jeu, du jeu de mots et le regard perçant d’un honnête homme qui ne s’interdit pas l’ironie ! Sous les sourires et le récit très mesuré d’une situation apparemment banale, déboulent des horreurs, des peurs paniques, des lubies morbides, tout un petit magasin d’accessoires de la psychose ; le lecteur n’est jamais à l’abri du dérapage – qui arrivera forcément puisqu’il est constitutif du genre !

Le nanotexte, donc, est un nouveau genre de nouvelle, et la nouvelle permet un rapprochement entre la situation initiale et son dénouement. Sitôt la résolution entamée arrive de la manière la plus originale la conclusion, comme un accord particulier. Finalement, dans la nouvelle, et plus particulièrement dans le nanotexte,son dernier avatar, qu’importe le point de départ ! Un jeune chat dans une maison, de l’admiration pour un canapé dans le hall d’un hôtel, une visite guidée dans un monument, un départ en avion : des situations tout à fait communes. Sitôt posées, sitôt résolues ; en un tournemain – ou plutôt en un tour d’esprit. La conclusion renvoie à la vision de l’auteur – et quelle maestria : ni coup de théâtre, ni grosse machine. Patrick Moser reste dans le ton et dévide terreurs et prophéties avec la minutie d’une description naturaliste. Il faut donc lire le « nanotexte » entre les lignes.

Le nanotexte n’est définitivement pas un artifice linguistique, une fausse nouveauté. Il signale un genre, un ton, une forme nouvelle, propre à Patrick Moser, mais que d’autres auteurs suivent déjà, sans le savoir. Un petit exemple : « Le Bruit de la pelle » de Yann Gerdil-Margueron. Il y a donc un rassemblement à réaliser, une bannière à lever, des florilèges à publier, et de l’avenir pour le renouveau de la nouvelle.